Octobre, la nuit tombe comme le noir dans une salle de théâtre : d’un coup, sans prévenir, et tout le monde se tait.
Depuis quelques jours, quand je quitte le cabinet, parfois vers 20h30, il fait déjà nuit. Je n’ai pas senti l’automne arriver. Et puis, boum, il est là. Et ce dimanche 25 octobre, avec le passage à l’heure d’hiver, le noir arrivera encore une heure plus tôt.
Je ne suis sans doute pas la seule à avoir eu cette petite secousse. On sort du travail, d’un rendez-vous, d’une course, et la journée semble s’être refermée sans nous. Les soirées s’allongent. Et avec elles, pour beaucoup d’entre nous, le temps disponible pour l’anxiété s’allonge aussi.
Car c’est souvent le soir que ça monte. Tant que la journée nous tient occupés — les mails, les trajets, les obligations, les autres — les pensées restent à distance. Mais quand le bruit retombe, quand il n’y a plus rien à faire qu’à être là, elles reviennent. Les inquiétudes qu’on avait mises de côté. Les questions sans réponse. Ce petit nœud qu’on ne sentait pas à midi et qui se resserre à 22h.
Alors on remplit. On attrape son téléphone, on range ce qui pouvait objectivement attendre, on rouvre un dernier mail, on lance un épisode de plus. Pas parce qu’on en a envie. Parce que le calme, d’un coup, ressemble à un grand vide vertigineux.
Pascal l’avait observé il y a près de quatre siècles, dans ses Pensées, au fil de ses réflexions sur ce qu’il appelait le divertissement : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Pour lui, nous courons après l’agitation non parce qu’elle nous rend heureux, mais parce qu’elle nous évite de nous retrouver seuls avec nous-mêmes — et avec ce qui nous inquiète.
Je ne pense pas pour autant qu’il nous faudrait rester des heures immobiles dans notre chambre pour aller mieux. Mais il y a là quelque chose de juste : l’anxiété du soir n’est pas toujours un problème de soirée. C’est souvent tout ce que la journée a tenu à distance, et qui attendait simplement que le silence revienne pour se faire entendre. La fuir en remplissant ne la fait pas partir. Elle la repousse au lendemain soir.
Les longues soirées d’automne peuvent devenir autre chose qu’un tunnel à traverser. À condition de ne pas les aborder comme un vide à combler.
Deux exercices pour apprivoiser les soirées d’automne
La boîte du soir
Une heure environ avant d’aller vous coucher, prenez un carnet et notez ce qui vous trotte dans la tête. Sans trier, sans chercher de solution, sans faire de belles phrases. Une inquiétude par ligne. Puis fermez le carnet, et rangez-le ailleurs que dans votre chambre. Ces pensées ont désormais une place. Elles n’ont plus besoin de tourner en boucle pour être sûres que vous ne les oublierez pas. Elles peuvent attendre demain.
Les dix minutes de nuit
Quand la nuit tombe — au moment même où vous la remarquez — accordez-vous dix minutes sans rien remplir. Pas d’écran, pas de tâche, pas de musique de fond. Une fenêtre, un fauteuil, une tasse si vous voulez. Regardez simplement la lumière changer, et observez ce qui vient. Si une inquiétude se présente, laissez-la passer comme une voiture dans la rue : vous la voyez, vous ne montez pas dedans. Dix minutes, c’est court. C’est justement pour ça que c’est possible.
Si ces soirées sont devenues, chez vous, un moment que vous redoutez plus qu’un moment que vous traversez, ce n’est ni une fatalité ni un manque de volonté. J’en parle plus longuement dans cet article sur l’anxiété et sur la façon de l’apaiser durablement : Anxiété : symptômes, comprendre et apaiser durablement
La petite playlist d’Octobre
Clair de lune – Claude Debussy
Pour découvrir la nuit comme un espace doux, et non comme une menace. Quelques minutes de piano qui ne demandent rien.
La nuit je mens – Alain Bashung
Une voix grave qui habite la nuit plutôt que de la fuir. Pour les soirées où l’on se raconte des histoires.
Dream a Little Dream of Me – The Mamas & the Papas
Une berceuse pour adultes, légère et tendre, à écouter quand il est l’heure de lâcher la journée. Elle me tient particulièrement à cœur, car je la chante souvent avec mon compagnon lorsque nous donnons des petits concerts guitare-chant-batterie (eh oui, je joue de la batterie et je chante quand je ne suis pas au cabinet).
Ce mois-ci, quand vous quitterez votre travail dans le noir, ou quand vous réaliserez que le crépuscule s'installe, essayez de ne pas vous presser de rallumer toutes les lumières. Laissez-vous, un instant, être surpris(e) par la nuit.
Octobre fait le noir plus tôt que prévu. Mais au théâtre, le noir n’annonce pas la fin. Il annonce que quelque chose commence.
Bien à vous, Anne
P.S. — Si mon travail vous a été utile et que vous n’avez pas encore pris le temps de laisser un avis, je vous donne accès à un petit outil qui vous propose une suggestion d’avis en moins de 30 secondes, que vous pouvez ensuite modifier comme bon vous semble, puis déposer sur ma fiche Google Maps ou sur mon profil Resalib : https://declicads.fr/avis/4RIfk9TCyLkl0WiR