Septembre, la lumière change de ton.
Elle ne faiblit pas encore vraiment, mais elle s'incline un peu plus tôt chaque soir, comme si elle voulait profiter d'elle-même avant que les jours ne raccourcissent pour de bon. Elle ne panique pas pour autant. Elle prend ce qu'il lui reste.
Cette année, j'ai fait pareil. Pour la première fois depuis longtemps, je me suis accordé de vraies vacances — pas les quelques jours grappillés entre deux séances, mais un vrai break, long, sans culpabilité. Et le résultat m'a presque surprise : je reviens plus disponible. Plus posée pour vous accompagner. J'ai aussi mis en place, cette rentrée, un nouvel équilibre — du sport et de la musique chaque semaine, sanctuarisés dans l'agenda, non négociables. Pas en plus du travail. À côté.
Je sais que ce n'est pas la rentrée de tout le monde.
Pour beaucoup, la rentrée ressemble plutôt à un retour de manivelle. On a passé l'été à oublier, plus ou moins bien, les soucis qui nous pesaient — et début septembre, ils reviennent tous en même temps. La boule au ventre le dimanche soir. Le cœur qui se serre devant la boîte mail. Comme si les vacances n'avaient été qu'une parenthèse, et que la vraie vie recommençait, lourde, exactement là où on l'avait laissée.
Et parfois, la rentrée peut aussi être une source de renouveau — un nouveau rythme qu'on décide de mettre en place, comme moi cette année. Mais d'autres fois, on n'a tout simplement pas l'énergie. Ni pour le renouveau, ni pour la reprise. On sent juste que le temps a filé, encore, et qu'une année de plus s'achemine vers sa fin.
Ce sentiment-là — que le temps passe trop vite, qu'on en a "perdu" une partie sans même s'en rendre compte — n'est pas nouveau. Sénèque en parlait déjà il y a deux mille ans, dans son texte La Brièveté de la vie. Il y écrit une phrase qui a traversé les siècles : "Non exiguum temporis habemus, sed multum perdidimus" — nous n'avons pas trop peu de temps, mais nous en perdons beaucoup. En gros, nous n'avons pas une vie courte, c'est nous qui en perdons une grande partie. Pas en dormant, précise-t-il, mais en vivant ailleurs que dans l'instant présent : dans l'anticipation anxieuse de ce qui vient, ou le ressassement de ce qui a été.
Et c'est là, je crois, que se cache quelque chose de plus profond que la simple fatigue de rentrée. Cette boule au ventre du dimanche soir, ce cœur serré devant l'agenda qui se remplit — ce n'est pas toujours la peur d'un mail ou d'une réunion. C'est parfois, sans qu'on se l'avoue, la sensation plus large que le temps nous échappe. Que septembre marque, chaque année, un petit rappel du temps qui passe et qu'on ne rattrape pas. Une angoisse existentielle, discrète, qui se déguise en stress professionnel parce que c'est plus simple à nommer.
Le philosophe Heidegger appelait ça l'angoisse devant notre propre finitude — et il y voyait, contrairement à ce qu'on pourrait croire, un signal plutôt sain : la preuve qu'on est encore pleinement vivant, pleinement concerné par le temps qu'il nous reste. Le problème n'est pas de ressentir cette angoisse. C'est de la laisser s'habiller en "surcharge de travail" plutôt que de la regarder en face.
Deux exercices pour retrouver sa rentrée
Le bilan sans jugement
Avant de vous replonger dans le rythme, prenez dix minutes pour repenser à votre été — sans trier ce qui "devrait" vous avoir fait du bien de ce qui l'a vraiment fait. Notez une seule chose que vous avez envie de garder, cette année, dans votre quotidien. Un rythme, une habitude, un moment. Une seule. Et donnez-lui une place fixe dans votre semaine, comme un rendez-vous que vous ne décalez pas.
La semaine, pas l'année
Quand la boule au ventre arrive devant tout ce qu'il "faudrait" faire d'ici juin prochain, ramenez volontairement votre regard à sept jours. Qu'est-ce qui est vraiment nécessaire cette semaine — pas cette année, pas ce trimestre. Cette semaine. Le reste peut attendre d'exister. L'angoisse s'accroche souvent à des horizons bien trop larges pour être vécus un jour à la fois.
Si cette boule au ventre ne se limite pas à quelques jours de rentrée, mais s'installe plus durablement, ce n'est ni une fatalité, ni un trait de caractère à corriger. J'ai écrit un article plus complet sur les mécanismes de l'anxiété et sur comment l'apaiser durablement, que vous pouvez lire ici : Anxiété : symptômes, comprendre et apaiser durablement
La petite playlist de Septembre
September – Earth, Wind & Fire
Impossible de ne pas la citer. Une énergie solaire et un rappel malicieux : nos souvenirs de l'été ne s'effacent pas le 1er septembre.
La Valse à mille temps – Jacques Brel
Pour la référence directe à ce texte : Brel y fait accélérer le temps à mesure que la chanson avance, comme la vie elle-même. Vertigineux et juste.
Here Comes the Sun – The Beatles
Pour ce moment précis où, après une période difficile ou simplement longue, quelque chose se remet doucement en mouvement. "It's alright."
Cette rentrée, si vous ressentez cette boule au ventre ou ce cœur serré, essayez de ne pas la traiter uniquement comme un problème d'organisation. Demandez-vous, une seconde, si ce n'est pas simplement le temps qui vous rappelle que vous êtes vivant, et que vous en avez conscience.
La lumière de septembre ne panique pas devant les jours qui raccourcissent. Elle profite de ce qu'il lui reste. Et vous pouvez faire pareil.
Je suis de retour, reposée et disponible, pour vous accompagner cette année.
Bien à vous, Anne
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