En mai, fais ce qu'il te plaît.
On connaît ce dicton par cœur. On le répète en souriant, comme on offre du muguet. Avec cette légèreté un peu convenue d'une permission qu'on s'accorde… et qu'on n'utilise pas vraiment.
Parce qu'en mai, comme en janvier, comme en octobre, il y a des choses qu'on ne fait pas.
Non pas parce qu'elles sont impossibles. Mais parce qu'on a décidé, un jour, qu'elles n'étaient pas pour nous.
Il y a des années, quand j'ai divorcé, je me suis retrouvée face à une feuille de déclaration d'impôts. Sur papier. (Oui. Je sais. Une autre époque.)
J'ai flippé. J'ai tourné autour. J'ai failli appeler à l'aide.
Et puis je me suis assise. Et j'ai rempli.
Quand j'ai posé le stylo, une pensée m'a traversée — légèrement absurde, complètement libératrice :
"Ce n'était donc pas plus compliqué que ça. Si j'avais su, je l'aurais fait moi-même depuis longtemps."
C'est exactement ça, une croyance limitante. Pas un mur. Une porte qu'on n'a jamais essayé d'ouvrir.
On en a toutes. On en a tous.
Ces petites certitudes tranquilles qui s'installent sans crier gare et organisent notre vie à notre insu.
Elles ne se présentent pas comme des opinions. Elles se présentent comme des évidences.
"Je ne suis pas douée pour ça." "Les gens comme moi ne font pas ce genre de choses." "Ce n'est pas pour moi."
Elles vivent dans un angle mort. On ne les questionne pas. On les habite.
Et pendant ce temps, la porte reste fermée. Pas à clé. Juste… jamais essayée.
Parfois, la vie nous pousse à tourner la poignée malgré nous — un divorce, un départ, une contrainte inattendue.
Et là, souvent, on découvre que c'était ouvert depuis le début.
Mais on n'a pas besoin d'attendre que la vie décide pour nous.
En mai, par exemple. Puisqu'on nous le permet.
Deux petits exercices pour identifier vos portes fermées
Pas de grand saut ici. Plutôt deux petits gestes, presque anodins, mais étonnamment révélateurs.
1. La chasse aux évidences
Prenez une feuille. Écrivez en haut : "Je ne suis pas capable de…" Et complétez, cinq fois de suite, sans réfléchir. Laissez venir ce qui vient.
Puis relisez chaque phrase et posez-vous une seule question :
"Comment je sais que c'est vrai ?"
Cherchez une preuve réelle. Un souvenir concret. Une expérience vécue.
Souvent… vous ne trouvez pas grand-chose. Juste une vieille conviction. Une phrase entendue un jour. Un échec transformé en sentence définitive.
C'est là que ça commence.
2. La porte entrouverte
Choisissez une croyance repérée dans l'exercice précédent.
Fermez les yeux.
Imaginez une porte. Elle est fermée. Pas à clé — juste fermée. Et de l'autre côté, une version de vous qui ne porte pas cette croyance-là.
Qui est-elle ? Qu'est-ce qu'elle fait différemment ? Qu'est-ce qu'elle ose ?
Restez une minute de l'autre côté. Sans forcer. Sans décider quoi que ce soit. Juste… voir.
Parfois, ça suffit à laisser entrer un peu d'air.
La petite playlist de mai
Parce que certaines libérations s'amorcent mieux avec une musique qu'avec un argumentaire.
Ma liberté de penser — Florent Pagny Parce qu'il y a des choses qu'on ne devrait jamais laisser quelqu'un d'autre décider à notre place. Même nous.
Là-bas — Jean-Jacques Goldman Pour cette voix intérieure qui sait, depuis longtemps, qu'il existe quelque chose de possible de l'autre côté. Et qui attend qu'on lui fasse enfin confiance.
Je vole — Michel Sardou Parce qu'on croit parfois avoir besoin d'autorisation pour s'envoler. Et qu'on l'a depuis le début.
En mai, fais ce qu'il te plaît.
Pas tout. Pas tout de suite. Pas obligatoirement quelque chose de grand ou de spectaculaire.
Juste… essayer une poignée. Celle d'une porte que vous longez depuis trop longtemps sans vous arrêter.
Peut-être qu'elle résistera. Peut-être qu'elle s'ouvrira sans effort.
Dans les deux cas, vous aurez appris quelque chose.
Je vous souhaite un mois de mai à votre mesure, curieux, un peu audacieux, et plein de portes entrouvertes.
Bien à vous, Anne