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Hypnose risque danger controle

LES DANGERS SUPPOSÉS DE L'HYPNOSE

  • Par annelb
  • Le 13/04/2020
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L’hypnose est-elle dangereuse ?

Il y a quelques semaines, j’ai reçu une personne dans mon cabinet, totalement paniquée à l’idée d’aller en hypnose,
ce qui avouons-le peut paraître étonnant quand on prend RV pour une séance d’hypnothérapie.
Elle refusait que je la regarde, et craignait de perdre le contrôle d’elle-même.
Il faut bien reconnaître que le danger de l’hypnose est un sujet récurrent et que l’hypnose pâtit d’une réputation
un peu sulfureuse dans certains esprits, ce qui finalement n’est pas si surprenant, au vu de l’image de l’hypnose que
donnent à voir certains spectacles.
Nous avons tous pu voir des sujets dont le corps était maintenu immobile et parfaitement rigide entre deux chaises,
tandis que l’hypnotiseur lui faisait porter des charges de plus en plus lourdes.
Le Dr Erickson, ce fameux psychiatre à l’origine de l’hypnose Ericksonienne, ne goûtait pas du tout ce genre de
divertissement, selon lui (et selon moi aussi d’ailleurs) irrespectueux des personnes. Il avait lui-même reçu plusieurs patients
en psychothérapie qui s’étaient prêtées à ce genre de spectacle et avaient développé des maux de dos entre 5 à 7 mois
après le spectacle auquel ils avaient participé. N’étant pas spécialiste du dos, mais psychiatre, il s’était contenté de relever
les faits sans les interpréter mais en appelant ses collègues médecins spécialistes du dos à mener des études détaillées
pour en tirer des conclusions éventuelles.
Il n’est pas illogique de penser que le dos soumis à de telles contraintes risque de souffrir et que de telles pratiques sont à
proscrire. D’ailleurs, ce genre de numéro a semble-t-il disparu des scènes fort heureusement.
Mais il faut garder à l’esprit que l’individu sur scène s’est porté volontaire pour jouer le jeu et a montré des aptitudes
particulières à l’état de transe lors du pré-test effectué par l’hypnotiseur.
En aucun cas l’hypnotiseur ne pourrait lui faire faire quelque chose qui va à l’encontre de ses valeurs.
Le Dr Erickson s’est largement intéressé à cette question du pouvoir de l’hypnose dès 1932, et a mené de très nombreuses
expériences sur ce sujet, dont vous trouverez le détail dans les fameux « Collected Papers », qui contiennent l’ensemble de
toutes ses publications réunies en 4 tomes.
Le chapitre 25 du tome 1 détaille les expériences menées par le médecin psychiatre et montre qu’il n’a pas ménagé sa peine
pour vraiment s’assurer d’une étude la moins biaisée possible. Certains sujets d’ailleurs lui en voulurent et il lui fallut rétablir la
relation et expliquer sa démarche et le but de l’expérience par la suite pour pouvoir continuer à travailler avec eux. 
L’article stipule en préambule : " quand on passe en revue la littérature sur le sujet, on pourrait penser que l’hypnose est pleine
de dangers à condition d’accorder le moindre crédit à des opinions non fondées et à l’ignorance." Et de fait, il n’a trouvé trace
d’aucune étude sérieuse sur le sujet.
Mais il en a mené lui-même un grand nombre.

L’hyper suggestibilité

La première question posée concerne le fait que les personnes hypnotisées deviendraient de plus en plus suggestibles. En fait,
Erickson a constaté que les sujets habitués à entrer en transe en un claquement de doigts pouvaient résister s’ils l’avaient décidé
ou s’ils n’étaient plus intéressés par l’expérience menée. De plus, s’ils travaillaient avec un autre hypnotiste, il fallait tout reprendre
au début dans l’apprentissage de la transe.
Il m’est arrivé une fois en cabinet d’entendre quelqu’un me raconter qu’un hypnothérapeute l’avait conditionnée en transe pour la
protéger d’autres hypnotiseurs car elle était influençable, et que de ce fait il lui était désormais impossible d’aller en transe.
Les études du Dr Erickson montrent clairement que cela relève du pur fantasme.

Les modifications possibles de la personnalité

Le Dr Erickson prend comme premiers exemples les membres de sa famille qu’il hypnotisa pendant plusieurs années consécutives
sans déclencher de troubles de la personnalité.
Mais le plus intéressant peut-être est le cas de nombreux psychothérapeutes ayant utilisé l’hypnose sans succès pour « induire
délibérément des modifications de personnalité chez leurs patients ».
Il donne l’exemple dans son article de l’homosexualité qui dans les années 30, aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd'hui,
était considérée comme une pathologie et sur laquelle l’hypnose se révélait bien sûr totalement inefficace.
Selon lui, aucune étude sérieuse n’a pu montrer que l’hypnose pouvait changer la personnalité d'un individu.

Influence sur le discernement entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas

Le Dr Erickson évoque ici le fait qu’une séance d’hypnose est limitée dans le temps, et il relèverait du miracle qu’une « procédure
de durée limitée puisse modifier fondamentalement des habitudes psychologies établies tout au long de la vie ».
Il n'a jamais eu de cas dans les centaines qu'il a traités, de patients qui auraient perdu leur faculté de discernement entre réel
et "imaginaire" suite à une séance d'hypnose.

L’utilisation de l’hypnose pour échapper à une situation désagréable

Quelqu’un pourrait-il se persuader en autohypnose qu’il a déjà effectué une tâche pénible pour y échapper par exemple ?
Le Dr Erickson n’a remarqué que des cas où les sujets tiraient bénéfice de leurs apprentissages hypnotiques, et n’a
rencontré aucun cas sur les centaines de patients qu’il a accompagnées, où le patient aurait utilisé son apprentissage
hypnotique de façon défavorable pour lui, par exemple en élaborant une stratégie sophistiquée d'évitement.

Conclusion

Le Dr Erickson a poussé très loin ses expériences pour vérifier le pouvoir de l’hypnose, soit en demandant à des sujets
en transe de s’infliger un dommage physique ou psychologique, soit en menant des expériences impliquant pour les sujets
d’abîmer ou perdre des biens personnels, ou encore d’enfreindre leurs règles morales ou sociales, ou bien même de nuire à quelqu’un.
Il induisait systématiquement une amnésie, et posa aussi quelques suggestions post-hypnotiques destinées à induire certains
comportements ou actions voulu.e.s après la séance.
Le plus étonnant à mon avis dans ces expériences, réside dans le fait que non seulement aucune expérience d’hypnose n’a réussi
en ce sens, mais encore qu’il a été possible de persuader certains sujets de commettre certains actes à la limite de l’acceptable
pour eux, à l’état de veille, compte tenu peut-être de l’intérêt scientifique supposé de l’expérience, et sans doute aussi du charisme
incontesté semble-t-il d'Erickson, ce qui s’est révélé totalement impossible en état d’hypnose du fait de leur refus catégorique.
Dans l’état de transe, Le médecin n’obtint aucun résultat probant, si ce n’est une certaine agressivité des sujets à son égard, sans que
les sujets comprennent pourquoi du fait de l’amnésie,  jusqu’à ce qu’il explique à l’état de veille les détails de l’expérience, et que la
relation rentre dans l’ordre, avec tout de même, pour certains, une certaine réticence ou carrément un refus à se prêter à des
expériences ultérieures.

En conclusion, penser qu’un hypnotiste ou hypnothérapeute pourrait prendre le contrôle de l’esprit de quelqu’un et lui faire faire
n’importe quoi relève de la pure fiction.
Ce n’est tout bonnement pas possible, grâce à tous les mécanismes internes d’auto protection de tout un chacun.  
Nous voici rassuré.e.s donc!

 

[source : Collected Papers Milton H Erickson « De la nature de l’hypnose et de la suggestion – Tome I]

 

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